------Mes nuits sont de plus en plus douloureuses. La vie est un calvaire sans fin, vidée et brisée. La plaie est si profonde. Il est minuit presque passé, le bruit de la pluie contre les carreaux vient couvrir les notes de cette chanson triste qui me fait penser à toi. Je remonte les draps par-dessus ma tête, m'enfouis entièrement dans cette chaleur qui se diffuse, se propage, ferme les yeux et me serre contre l'oreiller comme je voudrais me serrer encore une fois contre toi. Je cherche ton odeur, la douceur de ta peau, la chaleur de ton corps et parfois j'en frissonne. Ton visage est un endroit qui a marqué ma vie. Je te voudrais de nouveau, je te voudrais partout, partout où tu n'es pas et où je te sens pourtant. Les souvenirs ne veuillent pas me laisser en paix. Ils s'acharnent, s'accrochent sont agrippés à cette envie de te retrouver. Sans tes bras je ne me reconnais plus. Tu étais la touche qui harmonisait le paysage, la bouffée de vie qu'on ne voudrait jamais délaisser. Toute ma vie s'est précipitée dans tes yeux et depuis je reste là, sans passé ni futur, avec pour unique présent cette envie de toi qui m'habite mais ne me dévore pas Rien ne m'a semblé aussi naturel que de t'accepter dans ma vie. Et cette exquise sensation qu'auprès de toi rien ne pouvait m'arriver, m'atteindre, que le monde ne tournait plus, que l'aurore et les nuits se succédaient mais formaient qu'un seul et même instant. Mon bonheur. C'était toi.
------Le soleil se lève et le moment d'ouvrir les yeux arrive. C'est alors le sursaut, la pression appuyant le couteau dans la plaie ouverte, et soudain la vie reprend sans toi, la vie où je te perds. Pourquoi es-tu parti ? Comment as-tu pu me laisser? Et mes pensées fusent, les questions s'entrechoquent. Est-ce une dépression ? Est-ce de la folie ? Tu me retenais en vie. Alors, je ne sais pourquoi ni comment je me lève, sur mes joues la trace de mes larmes ressemble à ton sourire effacé, le rouge et noir bordant mes yeux accentue mon teint pâle. Dans nos rêves respectifs peut-être que l'on a su s'aimer, rester liés. Comme promis. Oui, car un jour, peut-être qu'il existe quelque part dans le monde un endroit où l'on se retrouvera. Je te garde enfoui au milieu de mes rêves.
------Maintenant, je me sens seule, si seule. Une grande solitude qui s'étend au-delà de ces rues mille fois longées, une tristesse infinie dont la forme toujours s'échappe, un désespoir sans fond que rien ne peut représenter. Je continue à marcher, vide de tout, vidée de moi-même et du monde par cet espace aux dimensions gigantesques qui me nargue et me défie, je continue mon errance à travers cette ville sans nom et sans visage qui toujours s'enfuit et vous refuse son aide.
------Je n'en peux plus de devoir constamment devoir lutter contre ce que je ressens, de devoir cacher ce mal qui me ronge un peu plus jour après jour, de devoir faire face et accepter l'idée que tu m'aies abandonné ici. Alors, j'admire l'espoir que portent les autres vers l'avenir et l'amour et me sens pathétique. Tellement pathétique de souffrir autant, mais que puis-je faire ? L'acceptation est le seul remède qui se présente, seulement cette douleur est intense, beaucoup trop intense à l'heure actuelle. Je n'ai rien à penser que des images trop usées qui n'éveillent plus rien en moi, que des regards trop irréels qui crient devant mes yeux la réalité de ma solitude. J'ai tout perdu ou on m'a tout volé, quelle importance, cela ne changera rien, même la rancune et le désir d'une vengeance ont disparu dans l'ombre du désespoir. Il ne reste rien sur mon chemin, qu'un désarroi profond et teinté de malheur. Les murs n'ont pas de message, les passants pas d'âme, les trottoirs pas de voix et mon c½ur ne crie que pour un « personne » inconnu, peut-être celui de mon être, peut-être celui d'un souvenir, je ne le saurai jamais.
------Que faire de moi ou plutôt que faire contre moi ? Cette question s'est découragée à force de recevoir mon indifférence. D'autres mots sont venus s'y décalquer et la phrase défile au rythme de mes pas : « Où errer, quel quartier choisir pour traîner ma détresse, dans quel café échouer avec mon amertume ? » Des voitures passent, des gens me croisent, des lumières s'allument, je traverse des carrefours, suis des avenues, longe des boulevards... Ces lieux ne me disent rien, que leur impersonnalité, ils ne représentent rien, que la froideur de l'insignifiance. Et pourtant, je m'acharne à y chercher un quelconque indice, ne serait-ce qu'un regard chaleureux, un geste véritable, une parole murmurée. Je sais que je découvrirai rien mais qu'importe, que pourrais-je faire d'autre, attendre d'autre, espérer d'autre ? Rien. Ce rien meurtrier...
------Je te garde enfoui au milieu de mes blessures, mal retenu par mes points de suture. La vie ne peut plus rien avoir de bon si elle n'a plus rien de toi.